Courbevoie & Colombes, le 30 décembre.

Sac à dos baroudeur plein

Faire son sac, c’est retenir l’essentiel, déjà se projeter dans le voyage. Photo : Antony Drugeon.

Début du voyage. Je rends la fourgonnette de location avec laquelle j’ai vidé mon appartement. Je n’aurai plus désormais qu’un sac à dos, pour l’année qui se présente à moi. Mélange d’excitation et d’appréhension.

La pluie fine cisaille timidement un ciel terne et grisâtre. Même les au revoir avec ma covoitureuse m’apparaissent… ternes. Je m’en veux un peu. Comme si dans ce camaïeu de gris qui s’impose des cieux jusqu’à l’asphalte, quelque effusion d’enthousiasme aurait le fracas d’un coup de tonnerre ou l’excentricité kitsch d’un arc-en-ciel. Comme si un grand filtre désaturateur venait affadir les élans les plus naturels et spontanés des rencontres humaines. Mais il est inutile de prolonger le lien entre la géographie et l’état d’esprit, d’autres que moi l’ont mieux fait, et à surenchérir sur eux on tomberait dans le cliché.

Mais certains clichés sont charmants. Un peu comme, quelques instants plus tôt, lorsque la tour Eiffel m’est apparue dans le rétroviseur de la fourgonnette. Tout un symbole.
Quelquefois, les clichés ont le charme franchement désuet. Un peu comme les histoires mille fois répétées par un aïeul à un repas de famille. Ce fut un peu le cas, quelques instants plus tard, à l’agence Sécurité sociale de Colombes, lorsque les grognements contre la complexité d’une administration kafkaïenne ont permis à un semblant de discussion de naître. Un exercice typiquement français, dans lequel trois (Franco ?)-Marocains ont parfaitement excellé. Si ces lieux communs m’insupportent au moins autant que la réalité qu’ils décrivent, le fait qu’ils soient formulés pour partie en arabe marocain m’a presque enchanté. Comme une promesse de retrouver bientôt ce Maroc où la vie semble – parfois à tort – si facile et flexible, loin des lourdeurs hexagonales, fût-ce au prix d’un certain chaos.

Astérix et Obélix devant le guichet de l'administration romaine.

Les douze travaux d’Astérix, ou la métaphore du goût très français pour se plaindre de sa bureaucratie. Capture d’écran du film d’animation réalisé par René Goscinny et Albert Uderzo, produit par les studios Idéfix (1976).

Mais d’autres lourdeurs m’attendent encore, comme des boulets me retenant dans cette France inquiète et procédurière : l’assurance de mon matériel photographique. Encore des clichés en perspective.