En janvier 2014, alors que l’Egypte s’apprête à voter sa nouvelle constitution, le photographe et amoureux de l’Egypte Denis Dailleux saisit l’occasion de présenter son travail sur les martyrs de la révolution qui a éclaté il y a 3 ans.

Ils étaient 20. Tous étaient jeunes, tous sont morts « le 28 ». Comprenez le 28 janvier 2011, journée particulièrement sanglante de la répression du régime finissant de Moubarak. Le photographe Denis Dailleux expose en ce moment à Paris 20 tryptiques photographiques en hommage à ces jeunes qui, sans être activistes, étaient ce jour-là descendus dans la rue. S’ils ne sont jamais revenus, le photographe a composé une trace mémorielle à partir des parents, du lieu de vie, et du portrait du disparu. L’exposition ne cherche donc pas à se départir d’une inévitable gravité.

Mais les photos prennent pour ainsi dire vie sous la plume de Mahmoud Farag, avec qui Denis Dailleux a mené fin 2011 des entretiens de ces proches des « martyrs », et d’Abdallah Taïa. 13 textes viennent ainsi donner leur épaisseur à ces visages, à ces vies saisies à la fois dans toute leur banalité et leur originalité. L’association est intelligente, et fait de ce projet photographique un véritable travail documentaire, donnant à saisir de la vie quotidienne en Egypte dans sa trivialité autant que de la monstruosité d’une répression aveugle.

Transportés avec la jeune Hadir jusque sur son balcon le soir fatidique, on en entendrait presque la déflagration de la balle lui traversant la poitrine. La photo l’avait déjà personnifiée, le texte a fait jaillir son histoire. Derrière les couvertures de journaux et les bilans des agences de presse, on découvre l’humain.

Ce travail mémoriel a sans doute l’avantage comme l’inconvénient de faire ressurgir une Egypte déjà lointaine, si loin des tumultes actuels de son actualité. Les divisions actuelles n’étaient alors qu’au stade de la gestation ; on ressort de l’exposition avec l’impression étrange d’avoir rendu visite à une famille endeuillée mais soudée, alors qu’entre temps, on s’en est tant éloigné…

Denis Dailleux est revenu pour ReporMed sur sa démarche, fruit d’un travail de 4 mois à mener des entretiens avec ces familles de martyrs :

  • Exposition Egypte. Les martyrs de la révolution égyptienne. Photographies de Denis Dailleux. Témoignages recueillis par Mahmoud Farag, retranscrits par Abdallah Taïa. A voir jusqu’au 1er mars 2014, à la galerie Fait & Cause, au 58 rue Quicampoix – 75004 Paris
  • Ouvrage Egypte. Les martyrs de la révolution égyptienne, aux éditions du Bec en l’air, 104 p., 28 €.