Reportages

Immersion dans l’unique café associatif d’Aix-en-Provence, le 3C

Même Aix-en-Provence, ville réputée bourgeoise, compte depuis juin son café associatif. Le lieu, autogéré, se veut alternatif et solidaire. ReporMed a été voir à quoi ressemble concrètement une réunion d’un café dit de l’« économie sociale et solidaire ». 

A Aix-en-Provence, le café culturel et citoyen (3C) organise des distributions Amap.

Au 3C, une fois par semaine, la distribution « amap » (légumes livrés directement par un producteur bio) cohabite avec les clients-adhérents du café. Photo : Antony Drugeon

Au 3C, comprenez « café culturel et citoyen », on revendique volontiers sa différence avec les cafés traditionnels, et pas seulement parce la consommation est en principe réservée aux adhérents (le montant de l’adhésion restant libre). La principale particularité est de l’autre côté du bar : la gestion du café est le fait d’une association, Apucaa (Association pour un café associatif aixois), dont les décisions sont prises par les adhérents. Toutes les deux semaines, ceux des adhérents qui le souhaitent assistent donc à la traditionnelle réunion de l’association. Un modèle qui se veut plus démocratique que celui des associations classiques, dites loi 1901, comme le souligne Gilda Derouet, référente salariés au café :


Si on parle beaucoup d’économie sociale et solidaire, vanter de loin ses mérites démocratiques reste malgré tout un exercice abstrait. Pour savoir de quoi on parle lors de ces fameuses réunions, qui intervient et de quelle manière, le mieux est encore de glisser un micro sur la table. Et là miracle, en dix minutes, il est possible d’assister à la naissance d’un contrat à durée indéterminée (CDI). Ecoutez donc !

Si elle ne reçoit pas de subvention directe, l’association Apucaa bénéficie en revanche d’aides à l’emploi (CAE) ou de la participation de jeunes en service civique pour tenir le bar, en plus du concours de ses bénévoles. Côté budget, Apucaa affiche 77 000 € de dépenses sur son budget annuel et un peu plus côté recettes, alors que le café a ouvert en juin 2013. L’exercice est donc déjà bénéficiaire, « de quoi commencer à rembourser par anticipation nos prêts » (contractés auprès de particuliers et d’organismes de finance solidaire), se réjouit Nicolas Besniard, membre du collège solidaire d’Apucaa.

Culture alter, mais sans militantisme

Des moyens humains relativement importants et une indéniable motivation qui expliquent sans doute le programme des animations, particulièrement dense. « L’une de nos deux salariées est entièrement dédiée à la programmation », explique Nicolas.

En quelques mois, le « 3C » a donc réussi à s’installer dans le paysage des lieux à connaître pour les habitants du centre-ville ; des jeunes, beaucoup évidemment dans cette ville étudiante, mais pas uniquement. Nicolas Kaplan vient de découvrir le lieu, qui a su le séduire. Au point qu’il en a fait son deuxième chez-lui. Pour lui, qui a déjà su tourner le dos à de prometteuses opportunités professionnelles, le besoin de s’engager dans une activité bénévole porteuse de sens l’a rapidement conduit à y suivre la formation de barista. Une manière de lutter contre la morosité ambiante en France et de « construire de nouveaux schémas » :

Dans ce tableau général, difficile de nier une certaine coloration politique. Vocation « alternative » oblige, le lieu attire particulièrement des sympathisants de la gauche à l’extrême-gauche. Le café est ainsi un point de vente pour Le Ravi, mensuel régional satirique solidement ancré à gauche. On trouve quelques tracs de solidarité avec les Fralib. Mais dans tout cela, il s’agit plus d’affinité culturelle que de militantisme, tient à prévenir en substance Nicolas Besniard :

« Jusqu’ici, on s’en tient à la ligne suivante : les partis n’ont pas leur place au 3C. On en a plusieurs fois débattu, notamment à cause du contexte des élections municipales, mais on tient à rester indépendants des partis. Le programme des conférences donne déjà une certaine coloration. Après ici chacun peut venir avec ses idées, le lieu est par essence ouvert. Toutes les tendances de gauche sont représentées ! Après, je pense que si une mamie Front national venait proposer un atelier tricot, elle serait acceptée ! Tant que des gens viennent et que ça crée de l’échange, du partage, autour de son atelier tricot, elle serait la bienvenue ! Après si elle commence à émettre des idées FN lors des réunions, elle sentirait vite qu’elle n’est pas à sa place… ».

Nicolas le reconnaît, la question de la place de l’engagement politique est sans doute le point de controverse le plus vif lors des réunions d’Apucaa.

Collégialité et consensus : deux piliers de l'association Apucaa, dans sa gestion du café 3C à Aix-en-Provence.

Une réunion des adhérents de l’association Apucaa. Photo : Antony Drugeon

Mais il y en a un autre : faut-il rémunérer les artistes qui se représentent au 3C ? Les discussions opposent les partisans de l’échange et du dialogue expurgé de toute dimension marchande aux défenseurs du travail des artistes. Vaste débat, dont la réponse appartient aux adhérents du 3C. Comme toutes les autres, d’ailleurs.

Café Culturel Citoyen
23, boulevard Carnot
13100 Aix-en-Provence

Commentaires

1 Comment

  1. Gilda

    Merci pour ce documentaire sur le café.
    J’ai beaucoup apprécié le mélange, textes, photos et bandes son
    Je te souhaite de beaux voyages et de belles rencontres.
    Gilda

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